RMC Crime
Faites entrer l accusé

L'Affaire Jean-Pierre Mura dans Faites entrer l'accusé

Ce dimanche 3 juillet, RMC Story revient sur l'affaire Christelle Maillery, aussi appelé affaire Jean-Pierre Mura du nom de l'homme condamné pour avoir tué une jeune femme de 16 ans en 1986.

Regard perçant, cheveux bouclés, traits fins,... c’est les premières choses qui marquent lorsque l’on s’arrête sur la la photo de Christelle Maillery. Faites entrer l'accusé consacre un épisode sur cette affaire, diffusé ce dimanche 3 juillet sur RMC Story.

Cette jeune fille de 16 ans est retrouvée morte dans la cave d’un immeuble, dans le Creusot. Lorsque les enquêteurs se penchent sur le dossier, ils font face à de nombreuses impasses. Pourtant, la mère de cette adolescente n’a jamais cessé de se battre pour retrouver l'assassin de son enfant. Pendant des années, l’enquête piétine, avant de connaître un nouveau tournant.

L’affaire se déroule le 18 décembre 1986, dans le quartier de la Charmille, dans le Creusot. Marie Pichon vient d’apprendre que son père a été victime d’un grave accident de la route. Mais avant de se rendre à son chevet, elle attend le retour d’une de ses filles, Christelle Maillery. Sans nouvelles, elle décide de contacter ses amies. Ses recherches sont vaines. Cette mère de famille décide alors d’aller voir son père à l'hôpital. Alors qu’elle se rend aux urgences, cette dernière croise sur la route, les gyrophares de la police. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est que le corps de sa fille a été retrouvé dans une cave par une voisine. Son cadavre a été lardé de plusieurs coups de couteaux.

>>> FAITES ENTRER L'ACCUSE, REPLAY A RETROUVER SUR RMC BFM PLAY

Le cauchemar d'une mère

Lorsque Marie Pichon rentre à son domicile, les policiers l'attendent. Ils doivent lui annoncer la terrible nouvelle. Cette mère de famille s'effondre de chagrin. L'autopsie révèle que la victime a été poignardée avec une arme blanche. Elle a reçu trentaine-et-une lésions en haut du corps. Aucune agression sexuelle n’est relevée.

C’est à partir de là que l’enquête commence pour les policiers. Ils sont à la recherche du couteau. Les moyens pour retrouver le coupable sont limités, car à l’époque, l’ADN, la téléphonie ou la vidéosurveillance n’existent pas. Alors, les forces de l’ordre décident de retracer l'itinéraire de la jeune fille. Un témoin indique l’avoir aperçu en compagnie d’un homme.

En fouillant dans sa vie, ils découvrent que Christelle Maillery a un petit ami. Michel, est donc entendu par les enquêteurs, mais l’adolescent a un solide albi. Ce dernier est mis hors de cause. Un autre suspect les intéresse, un certain David. Mais rapidement, il est relâché.

Deux semaines plus tard, un témoin apporte une autre piste. Le jour du meurtre de cette adolescente, le facteur indique avoir croisé un individu qui courrait. Il se souvient du look du fuyard. Âgé d’une vingtaine d’années, cheveux mi-longs, son style ressemble à celui du chanteur Renaud. Par ailleurs, le couteau est retrouvé dans un buisson. Les enquêteurs pensent tenir l’arme du crime, car la lame est compatible aux blessures.

L'enquête piétine

Mais, les investigations ne sont pas concluantes. Six mois plus tard, les enquêteurs patinent toujours sur le dossier. Ils décident de réinterroger David, mais l’audition ne donne toujours rien. Il est remis en liberté.

Trois ans plus tard, la juge décide d’un non-lieu. Elle met fin aux recherches pour retrouver le meurtrier de Christelle Maillery. Malgré tout, les policiers continuent de chercher de leur côté.

Cette décision résonne comme un coup de massue pour Marie Pichon: "L'arrêt des recherches signifie que je ne saurai jamais qui a fait ça. On nous abandonne, et ça veut dire qu’on se fout des gens comme moi.”

En 1997, la mère de Christelle décide de se rapprocher d’une association de soutien aux victimes. En 2001, ces familles font appel à deux avocats spécialisés dans les dossiers non-élucidés. Alors, l’un des avocats demande au tribunal de Chalon-sur-Saône d’avoir accès à la liste des scellés. Malheureusement, les affaires ont disparu. Deux explications sont avancées. La première, c’est qu’un magistrat aurait demandé la destruction de ces pièces. Pourtant, aucun document n’a été retrouvé pour le confirmer. L’autre justification est que le local a subi un dégât des eaux. Le concierge aurait jeté les scellés.

Une nouvelle piste explorée

Alors les avocats décident d’embaucher un détective privé afin d'approfondir quelques pistes. Il part à la rencontre de l’ancien petit ami de la victime et ce qu’il lui révèle sera capitale pour la suite de l'affaire. L’homme de 33 ans raconte qu’un soir de fête, un homme lui aurait avoué être l’auteur du meurtre de sa petite amie, et pour le dédommager, celui-ci lui aurait proposé de l'argent. Son nom est Jean-Pierre Mura. C’est la première fois que cette personne apparaît dans le dossier.

Ce professionnel part à la rencontre de l’homme en question. Lors de leur entrevue, ce dernier n’est pas très à l’aise. Il tente de savoir ce que c’est le détective privé sur cette histoire. A la fin du rendez-vous, il pense tenir une piste et en fait part aux avocats. Alors, ils le signalent à la justice. Mais il faudra attendre deux ans et demi pour que Jean-Pierre Mura soit mis en garde à vue.

Les enquêteurs veulent confronter la version de Michel, l’ancien petit ami de Christelle Maillery, au suspect. Mais celui-ci est décédé quelques mois plus tôt. Après trois heures d’audition, l'homme est relâché. Il affirme ne pas connaître la victime et ne pas être le meurtrier.

Le dossier est encore au point mort. Il faudra attendre plusieurs années pour qu’un nouvel enquêteur se saisisse du dossier. L’homme décide de reprendre tout à zéro, et d’explorer toutes les pistes : “ J'en ai fait une affaire personnelle, explique-t-il. Je devais y arriver.”

L’enquêteur décide d’interroger les proches de Jean-Pierre Mura. L’homme est décrit comme oisif, accroc au cannabis et petit délinquant. Il vole notamment dans des caves, et est surnommé “le rat de cave”.

L'étau se resserre

Pour monter un dossier solide contre lui, le policier continue ses investigations. Au moment du meurtre, ce dernier devait repeindre des radiateurs dans un foyer. Mais ceux qui l'emploient ne se souviennent pas de lui. Autre élément troublant : des photos d’époque du suspect correspondent à la description du facteur.

L’enquêteur décide de se rendre à l'hôpital psychiatrique où est interné Jean-Pierre Mura. Il a été admis de force à la suite d’une tentative d’agression. Même s’il est stabilisé, celui-ci demeure dangereux, selon les médecins. Lors de leur entrevue, le suspect continue de maintenir sa version. Mais rapidement, il fait un faux pas, c’est du pain béni pour le policier.

Vingt-cinq ans après le crime, Jean-Pierre Mura est placé en garde à vue, le 13 décembre 2011. Toujours sur la même ligne de défense, le policier tente de le mettre face à ses contradictions. Mais l’homme ne flanche pas.

Malgré tout, il est présenté à un juge d’instruction et mis en examen. Cette nouvelle est annoncée à Marie Pichon par l’enquêteur en charge du dossier. Pour cette mère de famille, elle entrevoit enfin le bout du tunnel : “ Je ne sais pas si les gens peuvent imaginer ce que c’est 25 ans d’attente.”

Son procès s'ouvre le 10 juin 2015 aux assises de Saône-et-Loire. L’enjeu pour la défense est de faire acquitter Jean-Pierre Mura. La mère de Christelle Maillery veut connaître les raisons pour lesquelles il a tué sa fille. Mais l’accusé ne dit rien, et maintient sa version. Après les délibérations, l’homme est condamné à 20 ans de réclusion criminelle. Il fait appel, mais sa peine est confirmée, et elle est approuvée par la Cour de cassation.

Le documentaire est à retrouver sur RMC Story le 3 dimanche juillet, puis en replay sur RMC BFM Play.

Marine Lemesle