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Mères infanticides: ce qu'on sait de leur psychologie

La petite Fiona est aussi une affaire d'infanticide

La petite Fiona est aussi une affaire d'infanticide - Thierry Zoccolan

Des faits divers racontent régulièrement des drames d'enfants tués par leurs parents, et notamment leurs mères. Le principe de la "mère infanticide" relève d'un tabou ultime dans notre société. Comment en viennent-elles à commettre l'irréparable?

L'affaire de la petite Fiona, du petit Tony, de Bastien ou encore celle de Yanis....des histoires où des enfants ont perdu la vie. Dans ces tragédies, ce sont les parents qui se retrouvent dans le box des accusés. Ces derniers devaient protéger leurs enfants, pourtant, ce sont eux qui sont à l'origine de leur mort.

Lorsque les crimes se produisent, la mère est parfois l'auteure même du meurtre. Mais à ce moment-là, que se passe-t-il dans la tête de ces femmes infanticides? Cette action relève d'un tabou important dans notre société, et suscite de nombreuses questions pour essayer de comprendre comment une famille peut en arriver là. Au-delà de la condamnation pénale, il s'agit de comprendre aussi moralement ce geste.

Des réactions, des raisons différentes

Pour le psychiatre Patrick Hourdé, spécialiste de l'enfance, ces mères infanticides sont différentes les unes des autres, il n'y a pas de modèle type. Mais ont tout de même un point commun: "Elles ont un trouble de l'affect, mais sont aussi psychorigides et fermées." Malgré tout, chaque "histoire est singulière", selon l'expert psychologue Bertrand Phesans. Difficile de définir une psychologie type, mais il met en avant plusieurs cas de figure de mères infanticides:

"J'ai déjà eu des femmes qui se séparent de leurs compagnons, et ils menacent de prendre les enfants, explique-t-il. Alors plutôt que de les perdre, elles décident de les tuer. Ces mères considèrent que leurs progénitures leur appartiennent, que c'est un peu une partie d’elles-mêmes."

Alors que dans d'autres cas, c'est le contraire. Ces femmes sont moins attachées à leurs enfants, mais plus à leurs compagnons. Lorsque les violences physiques émanent des conjoints, elles peuvent ne pas prendre conscience de la gravité de la situation: "La relation à l’homme devient prépondérante, plutôt que celle à l’enfant, indique l'expert psychologue. Par conséquent, ces mères ne se sentent pas concernées par les événements."

Le pédo-psychiatre Patrick Hourdé, a lui aussi été confronté, à des cas similaires comme ceux de son confrère. "Lorsque leurs compagnons partent, elles considèrent qu’il n’y a plus de vie. Donc, elles cherchent le moyen le plus terrible de les punir." Parfois, ce sont des mères qui n'ont pas d'attachement à leurs enfants: "Ils deviennent gênants, et les empêchent de vivre leur vie. Cet être n'a pas réellement d'identité vis à vis de la mère qui commet cet infanticide."

Une fois l'acte perpétué, le corps de l'enfant n'est pas très loin de sa mère, c'est ce qu'explique Patrick Hourdé:

"Souvent, on retrouve les enfants morts congelés ou inhumés dans le jardin à proximité de la fenêtre de la chambre. C'est un paradoxe, car leur décès n'a pas une importance magistrale, mais c'est un objet qu'elle garde à proximité, afin que personne ne puisse leur prendre."

Ces mères ne sont pas nées tueuses

Finalement, pour ce professionnel, le passage à l'acte de ces femmes résulte de la combinaison de plusieurs circonstances, comme leur histoire personnelle, leur inconscient, et d'autres raisons. Dès le départ, elles n'ont pas ça dans les gênes: "Je ne pense pas qu'il y ait des femmes tueuses d’enfants nées, comme de criminels nés."

Quand ces mères infanticides passent à l'acte, ils existent plusieurs réactions possibles face au meurtre de leur enfant. Selon le psychiatre Patrick Hourdé, certaines ne se rendent pas compte réellement de ce qui se passe, quand d'autres en prennent conscience une fois l'homicide commis. Pourtant, les raisons de l'infanticide ne sont pas toujours claires pour elles: "Ces femmes n'ont pas de maladie mentale, il n'y a aucune raison de les exonérer de leur acte", affirme Bertrand Phesans.

Plusieurs associations défendent les droits des enfants. L'avocate Caroline Rémond est bénévole dans l'une d'entre elles, "L'enfant bleu". Leur objectif est de lutter contre toutes les formes de maltraitances psychologiques, physiques ou sexuelles. Une équipe est dédiée aux conseils et à l'accompagnement. Cette association fait aussi de la prévention dans les établissements scolaires.

Caroline Rémond a travaillé sur plusieurs cas d'infanticide. Lors des audiences, elle se souvient de l'attitude de ces accusées: "Ces mères sont passives, se victimisent, se replient, et se défaussent sous une prétendue emprise de leur mari ou de leur compagnon, réagit-elle. Mais en réalité, elles savent s'opposer à eux. Au regard de leur couple, de leur vie de femme, l'enfant est devenu un fardeau. Elles veulent clairement s’en débarrasser."

"Dans tous les milieux sociaux"

L'avocate a rencontré tout type de profil de mère infanticide: "Elles existent dans tous les milieux sociaux, comme le montre l'affaire Kabou, affirme Me Rémond. Cette mère vient d'un milieu artistique, avec un quotient intellectuel élevé." L'affaire remonte à 2013 dans le Pas-de-Calais. Alors que la mer monte, Fabienne Kabou abandonne sa fille sur la plage de Berck. Le lendemain, des pêcheurs retrouvent le corps de l'enfant. En appel, cette mère a été condamnée à quinze ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Nord.

Une affaire a profondément marqué Caroline Rémond, celle de Bastien. Cet enfant de trois ans a été retrouvé mort en novembre 2011, à Germigny-l'Evêque, en Seine-et-Marne. Son père est accusé d'avoir mis le garçon dans le lave-linge, avant de le mettre en marche. Il a tourné dans le tambour entre trente minutes et une heure. A l'arrivée des secours, c'était déjà trop tard, Bastien est mort. La mère est quant à elle poursuivie pour complicité. En appel, lui a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle, et elle a 15 ans de prison.

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Marine Lemesle