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"On est emmuré vivant": les confidences de Rédoine Faïd sur ses conditions de détention

Redoine Faïd

Redoine Faïd - BFMTV

La journaliste Plana Radenovic du Journal du Dimanche s'est entretenue avec le détenu Redoine Faïd pendant trois ans. Il s'est notamment confié sur ses conditions de détention au quartier d'isolement.

"Il est important de projeter de la lumière, là où on ne voit rien". Pendant trois ans, la journaliste Plana Radenovic, du Journal du Dimanche, a entretenu une relation épistolaire avec le détenu Rédoine Faïd qui fait l'objet d'un livre intitulé Depuis l'enfer gris, à paraître ce jeudi.

Leurs échanges ont débuté en octobre 2019 au parloir de la prison où il est incarcéré, à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Si l'homme accepte de la rencontrer, c'est dans le but de "dénoncer son placement à l'isolement permanent", comme elle le précise dans son livre.

Incarcéré pour braquage, il est connu pour ses évasions spectaculaires. C'est pour cette raison qu'il a des conditions de détention particulièrement strictes.

"Avec son CV d'as de la belle, il est considéré comme très dangereux, ce qui en fait logiquement l'un des détenus les plus surveillés de France", explique Plana Radenovic dans son livre.

Une mesure sécuritaire "très rare"

Cela fait sept ans qu'il est incarcéré dans le quartier d'isolement de l'une des prisons les plus sécurisées de France. Ce qui signifie qu'il est "seul en cellule, il se promène seul aussi, dans une cour ombreuse au toit grillagé". Mais ses restrictions ne s'arrêtent pas là.

Ses parloirs ne sont autorisés que dans un hygiaphone qui consiste à isoler le détenu de la personne qui vient le voir par le biais d'une vitre.

"C'est une mesure sécuritaire très rare", explique la journaliste.

Pour comparer, Salah Abdeslam, seul survivant du commando responsable des attaques de Paris en 2015, avait obtenu la suppression de l'hygiaphone. Rédoine Faïd ne bénéficie pas de cette possibilité.

Ce moment est particulièrement difficile à vivre pour lui, mais surtout pour ses proches. La visite de sa sœur l'a d'ailleurs particulièrement marquée. "Une minute après être entrée dans le parloir hygiaphone, elle a fait une crise de claustrophobie, on a dû la transporter à l'hôpital. Je ne l'ai plus revue. La plupart de mes proches refusent de me voir comme ça donc ils ne viennent pas", confie Rédoine Faïd dans une de ses lettres.

Un "détenu modèle"

Enfermé dans sa cellule de sept mètres carrés, avec seulement un lit, une douche et des toilettes, Rédoine Faïd lutte pour ne pas sombrer.

"On est emmuré vivant. On survit hors du temps, en totale autarcie. Nous sommes des êtres sans contact, attendant la fin de vie", comme il le décrit à Plana Radenovic dans une de ses lettres.

Il a fait plusieurs recours pour contester ses conditions de détention, en vain. "J'ai reçu un papier du service pénitentiaire d'insertion et de probation sur lequel il est écrit que je suis un détenu modèle. On m'a autorisé plusieurs fois à sortir de l'isolement et pourtant, ça fait sept ans que j'y suis". Pour son avocate, Me Yasmina Belmokhtar, cette situation est inacceptable:

"Je n'ai jamais vu ça, il y a une atteinte patente à ses libertés individuelles, à sa dignité".

Comme indique Plana Radenovic dans son livre, la Commission nationale consultative des droits de l'homme assimile l'isolement de longue durée à une "torture blanche", à un "traitement inhumain et dégradant" aux effets dévastateurs: altération des sens, déstabilisation des repères spacio-temporels et une décompensation psychologique.

Pour alerter sur ses conditions de détention, Rédoine Faïd avait entamé une grève de la faim et de la soif, le 20 février 2020. Mais cela n'avait mené à rien. Malgré tout, il essaye de garder une certaine forme de liberté pour ne pas s'enfoncer dans "l'enfer gris", comme il appelle le quartier d'isolement, "ce monde sans repère où le temps se coince et qui déconstruit les êtres".

Retrouvez le livre Depuis l'enfer gris qui dévoile les échanges de lettres entre Rédoine Faïd et la journaliste Plana Radenovic, aux éditions Michalon.

Alix Mancel